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Retour de terrain. 799 jours dans le Pacifique entre Tahiti (Polynésie française) et Wellington (Nouvelle-Zélande)

Punaauia, Tahiti (P.F.), 11 mai 2024

Le 26 août 2024, j’étais à l’aéroport international de Wellington avec un billet aller simple vers Paris. Je rentrais en France après 26 mois de terrain, dont 14 passés à Tahiti et 12 en Nouvelle-Zélande. Ce long séjour s’inscrit dans le cadre de ma cotutelle de thèse, conduite entre l’Université de la Polynésie française et la Victoria University of Wellington depuis la rentrée 2021 (j’avais dédié un billet à la cotutelle de thèse sur ce carnet en juillet 2024). Plus encore qu’en raison de considérations purement académiques, ce terrain est aussi le résultat d’un cheminement personnel. Je tenais ainsi à dédier ce billet au partage d’un premier retour sur ce séjour dans le Pacifique et sur ce cheminement, dans une optique tant proche du carnet de recherche que du récit de voyage.

Partir ?

Aller séjourner dans le Pacifique est une vieille idée, le fruit d’une longue réflexion s’étant surtout développée pendant le premier confinement lié au Covid au printemps 2020. Un mot sur mes origines d’abord, et sur comment j’en suis arrivé à m’intéresser de près à cette région du monde : je suis né et j’ai grandi à Casablanca, au Maroc, j’ai mené mes études supérieures en France, mais ma grand-mère est tahitienne et sa famille, dans sa grande majorité, vit toujours à Tahiti, que j’ai d’abord découvert grâce aux albums photo familiaux et aux histoires que l’on me racontait. Mon premier voyage en Polynésie ne remonte qu’à juillet 2016 ; j’avais 19 ans et y étais allé en famille. J’y suis retourné, seul, une seconde fois, en juin-juillet 2018, puis une troisième fois en novembre-décembre 2021, un voyage à l’origine prévu à l’été 2020 puis reporté en raison de la pandémie, mais qui, de ce fait, coïncidait avec mon entrée en première année de doctorat. Entretemps, mon premier vrai séjour de recherche dans le Pacifique avait eu lieu en septembre 2019, au début de mon année de master 2, où j’avais passé un mois à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, pour conduire des recherches en archives sur le Bataillon du Pacifique1.

Navire dédié à l’exploitation du phosphate au large de Makatea (archipel des Tuamotu), c. 1950
Mes arrière-grand-parents y ont emménagé en 1946 avec leurs enfants, mon arrière-grand-père rentré de la guerre en 1944 (rapatrié après avoir été blessé) y était capitaine de port pendant quelques années
Archives familiales

Au cours du temps et des voyages, mon intérêt pour le Pacifique n’a cessé de croître, en même temps que le désir d’y passer un peu plus de temps que quelques semaines à chaque fois et que mon goût et mon intérêt pour la recherche en histoire. C’est pendant mon année de M2 – dont une partie coïncidait, donc, avec le confinement du printemps 2020 – que j’ai commencé à développer mon projet de thèse, et que la possibilité d’une cotutelle franco-néo-zélandaise a commencé à faire son chemin. L’intérêt scientifique du dispositif était pour moi indéniable : double encadrement, double ancrage institutionnel, accès à deux systèmes universitaires et à deux manières – différentes mais complémentaires – de concevoir la recherche en histoire, et surtout – pour dire les choses honnêtement, le monde de la recherche étant ce qu’il est – deux possibles sources de financement pour aller consulter les archives dont j’avais besoin lorsqu’elles se trouvaient hors de France, de Tahiti ou de Wellington2. Mais avant tout, puisque je me destinais à faire de l’histoire du Pacifique, il me paraissait essentiel sinon d’avoir au moins une attache dans la région, du moins de prévoir d’aller y séjourner suffisamment longtemps.

N’ayant pu obtenir de contrat doctoral dès la sortie de mon master, je m’étais inscrit en préparation à l’agrégation à l’université Paris 1, non dans l’optique d’obtenir le concours du premier coup mais plutôt dans celle de bénéficier d’une formation pouvant nourrir et enrichir mon projet de thèse, que je continuais de perfectionner en parallèle (ce qui fut d’ailleurs le cas, notamment en m’ouvrant à la géographie).

À la fin du mois d’avril 2021, la nouvelle tant attendue et tant espérée finit par arriver : j’obtenais un contrat doctoral à l’Université de la Polynésie Française, avec la perspective d’une cotutelle avec la Victoria University of Wellington. La décision était ainsi prise de passer ma première année à Paris, où je résidait alors déjà, pour faire le tour des archives françaises, et de partir l’année suivante : à Tahiti d’abord, à Wellington ensuite.

Phare de la Pointe Vénus, Mahina (Tahiti), 19 novembre 2021

Tahiti (juin 2022 – septembre 2023)

Atterrir à l’aéroport de Tahiti – Faa’a à cinq heures et demie du matin sera toujours l’un de mes sentiments préférés. Le soulagement après plus de 22 heures de voyage, la chaleur humide qui vous saisit à la sortie de l’avion, les musiciens qui chantent avec leurs guitares et leurs ukulélés pour accueillir les voyageurs entrant dans le terminal et la perspective de retrouver la famille quelques instants plus tard, sont autant d’éléments pourtant déjà familiers ayant fait de ce 20 juin 2022 une journée marquée d’une pierre blanche.

Après mon installation à Papeete (prononcer “Papé-été”), le rythme de la vie tahitienne a rapidement pris le dessus. Il est tout à fait normal, à Tahiti, de vivre avec le soleil ; on s’y lève normalement aux alentours de 6 heures du matin, voire, parfois, plus tôt encore, puisqu’il peut faire jour dès cinq heures et demie, pour s’y coucher usuellement vers 21 ou 22 heures. L’on se fait également assez facilement au calme de la vie insulaire – même lorsque l’on est, comme je l’étais alors, habitué à l’animation de la vie parisienne -, ponctué durant cette année par les déjeuners du samedi et du dimanche chez mes tantes de Papeete et de Punaauia, les événements, formations et ateliers jalonnant la vie doctorale, les dîners occasionnels aux roulottes, véritables institutions à Tahiti (nous allions généralement, avec un ami, sur la place Vaiete, à Papeete, ou au parc Aorai Tinihau, sur la commune voisine de Pirae) et les tours de l’île en voiture, tout aussi occasionnels mais que j’ai toujours grandement apprécié. À noter par ailleurs que pour les croyants – dont je ne fais pas partie, mais la Polynésie est très majoritairement protestante3 –, la messe dominicale fait partie des habitudes de beaucoup ; parmi les premiers Européens à avoir abordé le Pacifique se trouvaient de nombreux missionnaires, protestants comme catholiques, et la religion occupe aujourd’hui encore une place importante en Polynésie4.

Temple protestant de Béthel5, rue Édouard Ahnne à Papeete (Tahiti), 3 août 2023

La Polynésie française n’étant pas particulièrement peuplée – un peu plus de 280 000 habitants au dernier recensement répartis sur 118 îles, dont près des deux tiers sur la seule île de Tahiti –, tout le monde ou presque se connaît (j’aime à dire que Tahiti est un grand village). Les rapports humains, généralement détendus et chaleureux, s’accompagnent ainsi d’un tutoiement de rigueur à peu près partout. Un seul inconvénient cependant me vient à l’esprit : lorsque, comme moi, on n’est pas motorisé, il faut s’armer de patience lorsque l’on attend le bus qui, outre le fait qu’il ne circule plus passé 18h30, peut mettre vingt minutes – parfois plus – à arriver.

Papara (Tahiti), au bord de l’océan Pacifique, 17 juillet 2022
Coucher de soleil sur Papeete (Tahiti), 7 août 2023

Malgré les dimensions relativement modestes de l’Université de la Polynésie Française, surtout lorsqu’on les compare aux universités métropolitaines (3000 étudiants, près de 380 enseignants et une centaine de personnels administratifs, techniciens, ingénieurs, …6), celle-ci peut compter sur une vie de campus animée, une recherche active (plusieurs colloques par an), une bibliothèque particulièrement riche, notamment sur le Pacifique et son histoire ; et, autre point m’ayant marqué dans le meilleur des sens possibles : puisqu’en histoire-géographie nous sommes une petite équipe, l’entente entre nous en a été d’autant meilleure. L’École Doctorale du Pacifique, que nous partageons avec l’Université de la Nouvelle-Calédonie, compte une cinquantaine de doctorants sur son pôle tahitien ; le point d’orgue de l’année universitaire, en 2021 et 2022, fut pour nous les séminaires de rentrée doctorale passés sur l’« île sœur » de Moorea. Là encore, le seul défaut que l’on pourrait trouver au campus d’Outumaoro, sur la commune de Punaauia (à l’ouest de l’île de Tahiti), serait d’être à flanc de montagne ; l’on se dit alors que même s’il est parfois en retard, le bus a bien du mérite d’exister.

Moorea (Polynésie française), au fond de la baie de Cook, pendant le séminaire de rentrée doctoral, 25 novembre 2022

Cette année tahitienne, riche et bien remplie, stressante parfois mais belle malgré tout, est finalement passée assez rapidement (je serais incomplet si je n’avais pas un mot pour la gastronomie tahitienne, qui pourrait justifier un billet de blog à elle toute seule), et il a finalement fallu clore ce chapitre à grand regret, pour ouvrir le suivant.

Wellington (septembre 2023 – août 2024)

Lorsque je voyage et qu’il m’arrive de passer la police aux frontières, il est une chose que j’apprécie tout particulièrement, pour une raison qui m’échappe encore : recevoir un nouveau tampon dans mon passeport, pour garder une trace de mon passage. Celui reçu le 2 septembre 2023 à l’aéroport d’Auckland – avant de poursuivre ma correspondance vers Wellington – venait en quelque sorte couronner une demande de visa un peu mouvementée mais finalement heureuse. Surtout, il marquait une étape rassurante dans un voyage qui avait commencé au milieu de la nuit, mon vol ayant quitté Tahiti à 3h15 du matin : j’étais bien arrivé en Nouvelle-Zélande.

Solace in the Wind“, statue en bronze par Max Patté, sur le front de mer à Wellington (N.Z.)
2 septembre 2023

D’emblée, trois choses m’ont sauté aux yeux dès mes premières semaines dans la capitale néo-zélandaise puis tout au long de mon séjour. D’abord, il y fait frais tout au long de l’année, voire tout à fait froid durant l’hiver. L’on s’y habitue assez bien en réalité, malgré le contraste avec la chaleur tahitienne, mais un élément vient parfois s’inviter dans la journée et peut, lorsque sa présence est soutenue, jouer les trouble-fête : le vent. Fort agréable lorsqu’il se limite à une petite brise, celui-ci peut néanmoins, parfois, souffler en de fortes rafales pouvant faire regretter à tout un chacun de ne pas être resté chez soi. Wellington est en effet connue pour être la ville la plus venteuse du monde (et accessoirement sa capitale la plus au sud, située sur le 41e parallèle). À l’inverse, les beaux jours y sont particulièrement appréciables et appréciés, à tel point que l’on en a fait un dicton auquel je ne peux que souscrire entièrement : “you can’t beat Welly on a good day“.

Ensuite, la ville, bien qu’assez modestement peuplée pour une capitale (près de 400 000 habitants pour Wellington et son agglomération, contre 1,6 millions pour Auckland, la plus grande ville du pays), peut compter sur une culture des cafés très marquée, ce que l’amateur de café que je suis n’a pas manqué d’apprécier. Les samedis après-midi passées à travailler au Black Lion ou au Kaffee Eis, les petits-déjeuners pris chez Midnight Espresso, les dix premiers jours, en attendant de trouver un logement ; ou, plus tard au Marché Français sur Thorndon Quay (un café tenu par des compatriotes et dont la gérante, ancienne cheffe à l’ambassade de France, prépare un pain perdu d’exception), resteront dans ma mémoire comme un élément marquant de mon séjour. Il se dit par ailleurs que Wellington a plus de café par habitant que New York ; c’est dire.

Enfin, le troisième élément est la place qu’y occupe la nature, tant en ville qu’en dehors et dans le reste de la Nouvelle-Zélande. Wellington est une ville incroyablement verte, boisée, dotée d’un magnifique jardin botanique, d’un front de mer animé et de plusieurs plages. Par beau temps, lorsque l’on regarde vers le fond de la rade de Wellington (Te Whanganui-a-Tara en maori, “le grand port de Tara”), dont l’eau particulièrement claire attire nombre d’espèces marines, il est possible d’y apercevoir, bien clairement, les sommets enneigés entourant la Hutt Valley. Autour de Tauranga, ville côtière au bord de la Bay of Plenty (au nord de l’île du Nord) où j’ai été rendre visite à des cousins, les paysages sont à couper le souffle, là encore entre plages, lacs, forêts, montagnes et autres zones protégées. Les néo-zélandais ne s’y sont pas trompé : outre le rugby, les sports d’extérieur – aviron et sports nautiques, escalade, randonnées, … – y sont particulièrement populaires, et la faune autant que la flore à l’endémisme particulièrement marqué y font l’objet de programmes de préservation et de sensibilisation.

Oriental Bay, Wellington (Nouvelle-Zélande), 30 septembre 2023
Otarie dans la rade de Wellington, 1er octobre 2023
Plage de Tauranga (Nouvelle-Zélande), 20 octobre 2023

Comme à Tahiti, la culture y occupe également une place prépondérante ; la ville de Wellington à elle seule abonde de musées (le Musée national de Nouvelle-Zélande – Te Papa Tongarewa, par exemple, regorge de trésors insoupçonnés), galeries d’art, restaurants, … et les événements sportifs et musicaux y ont lieu toute l’année. Si la touche britannique est bien visible, dans l’architecture notamment, l’on s’y sent assurément dans le Pacifique, la culture et la langue maoris y étant bien présentes et valorisées (si la langue maori n’est pas parlée par tous et que l’anglais demeure majoritaire, les deux langues vont généralement de pair dans l’espace public : dans la rue, dans le bus, dans les noms des institutions, …). Plusieurs jours fériés sont ainsi aujourd’hui établis pour célébrer des événements du calendrier maori (Matariki day, le lever des pléiades, sur lequel je reviens un peu plus loin) ou des événements historiques particulièrement significatifs tant pour les Maoris que pour les Pākehā, tels que sont désignés les néo-zélandais d’ascendance européenne (le plus important étant le Waitangi day, commémorant la signature du traité de Waitangi le 6 février 1840).

Du côté de la thèse, mon année en Nouvelle-Zélande est celle où le gros de ma rédaction fut effectuée, là encore dans une excellente ambiance. Outre le fait que je pouvais me targuer de pouvoir occuper l’un des deux seuls bureaux en bois du département d’histoire et que ma consommation de café passait bien rarement en dessous de deux tasses par jour lorsque j’étais présent sur le campus (une vieille habitude héritée du premier confinement lié au Covid au printemps 2020 et reprise à l’occasion de cette phase de rédaction), je dois bien reconnaître ma chance : ce séjour aux antipodes aura été pour moi l’occasion de bénéficier, là encore, d’un cadre de travail particulièrement bienveillant et stimulant.

L’Old Kirk Building sur le campus de Kelburn de la Victoria University of Wellington, 19 août 2024.
Le département d’histoire occupe le premier étage du bâtiment

L’exploration du Pacifique

Lorsque l’on travaille sur le Pacifique, les déplacements sont un peu plus compliqués qu’en Europe. L’avion y est, hélas, une nécessité pour les voyages internationaux, et peut coûter assez cher, sans compter les distances plus allongées – plus grand océan du monde oblige.

Cela étant, lorsque l’on a la chance de pouvoir le visiter, le Pacifique se révèle être une aire culturelle aussi riche et stimulante qu’elle est géographiquement vaste. C’est là l’une des choses qui m’y ont le plus attiré : outre l’intérêt personnel, guidé par mes racines familiales, et l’intérêt historique et scientifique (il y a là énormément de sujets à traiter, de sources à exploiter, de possibilités à explorer, de témoins à interroger, de musées et autres lieux historiques à visiter, …), les îles, pays et territoires du Pacifique – Tahiti et Nouvelle-Zélande compris – sont autant de cultures fascinantes qui demeurent relativement peu connues, sinon en Europe, du moins en France. Visiter Rotorua, le centre de la culture maori, dans le nord de l’Île du Nord en Nouvelle-Zélande, assister aux célébrations de Matariki (le lever des Pléiades, le nouvel an maori) à Wellington, jour notamment consacré à se remémorer les disparus et à réfléchir au passé, au présent et à l’avenir, lors duquel le front de mer de la capitale s’est paré de lumières et de feux de joie autour duquel les gens pouvaient se réunir, ainsi qu’aux célébrations du Tiurai à Tahiti, au mois de juillet, dans le cadre duquel se tient le Tiurai i Tahiti, grand festival de danse et de musique polynésiennes, ont été autant d’expériences que je souhaite à tout un chacun de vivre au moins une fois dans sa vie.

Célébration de Matariki sur le front de mer de Wellington (Nouvelle-Zélande), 28 juin 2024

Ces deux ans de résidence à Tahiti puis en Nouvelle-Zélande autant que les déplacements qu’il m’a été permis d’entreprendre durant ces deux ans, à Bora Bora (septembre 2022), à Honolulu (mars 2023) à Nouméa (en avril-mai 2023) puis en Australie, à Warrnambool, Melbourne puis Canberra (novembre 2023), ont définitivement façonné ma façon de considérer la recherche, en me renforçant dans l’idée qu’archives et terrain sont indissociables. Plus encore, et dans la même veine, ce long terrain n’a fait que confirmer la formule que l’un de mes enseignants, lorsque j’étais en master, avait prononcée lors d’un séminaire ; celui-ci disait, à peu de mots près, que le Pacifique était la région la plus intéressante à étudier mais que tout le monde ne le savait pas encore.

Revenir : l’heure du bilan

Quelques semaines après mon retour en France, l’une de mes premières entreprises fut de me rendre à Blois en octobre 2024 pour les 27e rendez-vous de l’histoire. Il s’agissait de ma première présence au festival, longuement attendue, et celui-ci fut largement à la hauteur de mes espérances. Les conférences, dédicaces et rencontres avec les amis et collègues en firent un événement intense mais exceptionnellement gratifiant. Ainsi, l’un des grands moments de ce long week-end fut ma rencontre avec Michelle Perrot, grande historienne des femmes et des mouvements ouvriers : après lui avoir brièvement présenté mon parcours et mes recherches en quelques mots et lui avoir dit que je rentrais fraichement du Pacifique, celle-ci s’exclamait avec un grand sourire : « vous êtes un chercheur aventureux ! », avant d’inscrire ces mots dans la copie de Mélancolie ouvrière que je lui tendais en lui demandant timidement une dédicace.

Le compliment m’allait droit au cœur et me faisait d’autant plus plaisir que, pendant ces deux ans et quelques, une idée cardinale ne me quittait pas, une idée un peu futile, peut-être, pour un apprenti-chercheur, mais que ce court échange avec l’une des plus grande historiennes de notre temps avait fait resurgir : faire de la recherche peut aussi être (et j’ajouterais : devrait être autant que faire se peut) une aventure. J’achèverai ainsi ce billet en faisant mienne la formule d’Hugo Pratt, illustrateur italien et père de Corto Maltese, marin de fiction dont l’une des aventures l’amenait dans le Pacifique en 1913-1915, qui écrivait ceci :

“Je suis venu dans le Pacifique à la recherche d’un rêve, ou plutôt à sa poursuite 7.”

Rotorua (Nouvelle-Zélande), 20 juillet 2024

Bibliographie : quelques lectures pour aller plus loin

Épistémologie, historiographie

Robert Aldrich, « Writing the History of the French Pacific », in Brij V. Lal (dir.), Pacific Islands History, journeys and transformations, Canberra, The Journal of Pacific History, 1992, p. 79‑91.

Helen Carr et Suzannah Lipscomb (dir.), What is history, now ?, London, Weidenfeld & Nicolson, 2021.

Bronwen Douglas, « Pasts, Presents and Possibilities of Pacific History and Pacific Studies: As Seen by a Historian from Canberra », The Journal of Pacific History, 50-2, 2015, p. 224‑228.

Laurent Dousset, Barbara Glowczewski et Marie Salaün (dir.), Les sciences humaines et sociales dans le Pacifique Sud : Terrains, questions et méthodes, Marseille, pacific-credo Publications, 2018.

Arlette Farge, Des lieux pour l’histoire, Paris, Seuil, 1997.

Véronique Fillol et Pierre-Yves Le Meur (dir.), Terrains océaniens : enjeux et méthodes, Paris, L’Harmattan, 2014.

Brij V. Lal, « Pacific history matters », Journal de la Société des Océanistes, 125-2, 2007, p. 193‑200.

Marshall Sahlins, Apologies to Thucydides. Understanding History as Culture and Vice Versa, Chicago, University of Chicago Press, 2004.

Éric Wittersheim, « Préface. Le Pacifique, l’histoire, le monde », in Nicholas Thomas, Océaniens. Histoire du Pacifique à l’âge des empires, Toulouse, Anacharsis, 2020, p. 9‑23.

Littérature

Romain Gary, La Tête Coupable, Paris, Gallimard, 1968.

Patricia Grace, Cousines, Pirae, Au Vent des Îles, 2024.

Hugo Pratt, Corto Maltese. La Ballade de la mer salée, Bruxelles, Casterman, 1975.

  • Bande dessinée adaptée en roman : Hugo Pratt, Corto Maltese. La Ballade de la mer salée, Paris, Denoël, 2015.

Hugo Pratt, J’avais un rendez-vous, Paris, Le Tripode, 2020.

Victor Segalen, Les Immémoriaux, Paris, Le Livre de Poche, 2001 [1907].

Chantal T. Spitz, Et la mer pour demeure, Pirae, Au Vent des Îles, 2022.

Célestine Hitiura Vaite, Chroniques de Tahiti, 3 tomes, Pirae, Au Vent des Îles, 2006-07-08.


Notes

  1. Voir : Yacine Benhalima, « Du lagon au désert. Le Bataillon du Pacifique dans la Seconde Guerre mondiale (1940-1946) », Mémoire de Master 2 recherche en histoire contemporaine, Paris, EHESS, 2020, https://anaite.upf.pf/items/show/1711. ↩︎
  2. J’ai ainsi pu aller explorer les Archives Nationales d’Outre-Mer à Aix-en-Provence, les archives territoriales de la Nouvelle-Calédonie à Nouméa, les archives nationales australiennes à Melbourne et Canberra, et les Western Pacific Archives à la bibliothèque de l’université d’Auckland grâce à des bourses obtenues auprès de l’une et l’autre de mes universités de rattachement.
    ↩︎
  3. La loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905 ne s’applique pas en Polynésie française grâce aux décrets Mandel de janvier et décembre 1939. ↩︎
  4. Voir notamment : Claire Laux, Les théocraties missionnaires en Polynésie au XIXe siècle, Paris, L’Harmattan, 2000 — et : Yannick Fer et Gwendoline Malogne-Fer (dir.), Anthropologie du christianisme en Océanie, Paris, L’Harmattan, 2009. ↩︎
  5. Voir : « Temple protestant de Bethel à Papeete », Tahiti Héritage [En ligne] Consulté le 20 octobre 2024, https://www.tahitiheritage.pf/temple-bethel-papeete. ↩︎
  6. « Les chiffres clés / Les effectifs (2022-23) », Université de la Polynésie Française [En ligne] Consulté le 15 octobre 2024, https://www.upf.pf/fr/chiffres-cles. ↩︎
  7. Hugo Pratt, J’avais un rendez-vous, Paris, Le Tripode, 2020 — Sur cet ouvrage, voir le compte-rendu suivant : Elsa Spigolon, “À la poursuite d’Hugo Pratt : J’avais un rendez-vous”, Casoar, 2022 [En ligne] Consulté le 19 octobre 2024, https://www.casoar.org/critique-litteraire/2022/02/09/a-la-poursuite-dhugo-pratt-javais-un-rendez-vous. ↩︎
Yacine Benhalima
Yacine Benhalima

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Yacine Benhalima (20 octobre 2024). Retour de terrain. 799 jours dans le Pacifique entre Tahiti (Polynésie française) et Wellington (Nouvelle-Zélande). La pirogue et le fusil. Consulté le 8 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/12jcj


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