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Compte-rendu : soutenance de thèse

Le lundi 3 novembre 2025, j’ai soutenu ma thèse de doctorat en histoire contemporaine à l’Université de la Polynésie française. Préparée en cotutelle internationale avec la Victoria University of Wellington (Nouvelle-Zélande), ma thèse porte sur la France libre et Français libres en Polynésie française (et dans une moindre mesure en Nouvelle-Calédonie).

Déroulé

La soutenance a débuté à 8 heures du matin dans une très jolie salle, le Fare Pote’e (salle de réunion ; voir la notice Wikipédia “Fare” pour comprendre l’origine de cette appellation) de la présidence de l’Université de la Polynésie Française.

Le président du jury a ouvert la séance, puis mes deux codirecteurs de thèse ont tour à tour pris la parole pour introduire brièvement le sujet de la thèse et les conditions dans lesquelles celle-ci a été menée, s’agissant notamment du régime de cotutelle internationale l’ayant régi.

J’ai ensuite pris la parole pour 25 minutes environ, puis les rapporteurs se sont exprimé, puis le reste du jury, son président étant passé en dernier. Nous avons pris le temps de faire une pause de 10 minutes environ après le passage des rapporteurs, vers 9h30. Enfin, le public et moi-même avons quitté la salle pour laisser le jury délibérer, et nous sommes retournés dans la salle pour la proclamation et la prestation de serment. Le tout a duré 2h40 environ.

Fare Pote’e de la présidence de l’UPF, lieu de ma soutenance de thèse le 3 novembre 2025

La soutenance, qui s’est déroulé sous un très beau soleil (la photo de la salle ci-dessus a été prise le vendredi précédent), s’est achevé sur les félicitations du jury qui a autorisé et encouragé la publication de la thèse, et qui en a par ailleurs autorisé le dépôt en l’état.

La matinée s’est achevée sur un très sympatique cocktail déjeunatoire.

Liens

Dépôts sur HAL

Dépôt de mon discours de soutenance sur HAL (téléchargeable au format .pdf)

Dépôt du manuscrit de ma thèse sur HAL (téléchargeable au format .pdf)

Interviews

Un court article de Polynésie la Première (“Un nouveau docteur en histoire contemporaine à l’UPF : Yacine Benhalima explore la France Libre en Polynésie”, 3 novembre 2025)

Interview “Quoi de neuf docteur ?” par l’Université de la Polynésie Française

Annexe : Transcription du discours de soutenance

Monsieur le Président,
Messieurs les membres du jury,
Ia ora na.

Remerciements

En tout premier lieu, je souhaiterais vous remercier bien chaleureusement d’avoir pris de votre temps, que je sais précieux, pour lire et évaluer ce travail, et pour l’intérêt que vous avez voulu lui porter en acceptant de siéger dans ce jury.

Je tiens à étendre ces remerciements à mes codirecteurs de thèse, Véronique Dorbe-Larcade et Adrian Muckle, pour leur confiance sans cesse renouvelée ces quatre dernières années, pour leurs orientations et pour leurs conseils tout aussi salutaires.

Itinéraire. Présentation et origines du projet

La thèse que je soumets aujourd’hui à votre discussion s’intitule « France libre et Français libres dans les Établissements Français d’Océanie (1940-1947). Une histoire de la résistance des marges dans l’espace Pacifique. » Celle-ci constitue l’aboutissement des travaux entrepris depuis mon Master, lui-même préparé à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) de 2018 à 2020 et portant sur le Bataillon du Pacifique. Après avoir travaillé pendant deux ans sur cette unité des Forces Françaises libres dont le premier contingent réunit près de 600 volontaires polynésiens, néo-calédoniens et néo-hébridais, il m’a semblé pertinent de me pencher sur l’implantation de la France libre sur le terrain, directement dans le Pacifique, en mettant l’accent sur les Établissements Français d’Océanie (EFO), l’actuelle Polynésie française, colonie de 1880 à 1945 ainsi dénommée jusqu’en 1957. Cette dénomination regroupe un ensemble de 118 îles regroupés en cinq archipels colonisés par la France à partir des années 1840 selon des modalités et des temporalités spécifiques à chacun : conquête des îles Marquises et protectorat sur le royaume des Pōmare en 1842 (îles du Vent, archipel des Tuamotu, ainsi que Tubuai et Raivavae aux Australes), annexion de ce même royaume en juin 1880 puis des Marquises en 1881, suivies de l’annexion des îles Sous-le-Vent en 1897 et de la partie des îles Australes non incluses dans le royaume des Pōmare en 1901.

En résumé, après avoir produit un mémoire sur une partie des volontaires ayant quitté leurs îles (je dis bien une partie puisqu’il importe de ne pas oublier les volontaires de l’aviation et de la marine Françaises libres, des commandos ou du BCRA par exemple), il m’a semblé pertinent de poursuivre en thèse sur celles et ceux y étant restés ou y ayant été envoyés.

Ce projet de thèse a été resserré à deux reprises. Le projet initial, que je sais désormais bien trop ambitieux, visait à mettre en dialogue, à parts égales, Français libres, Britanniques et Américains dans le Pacifique pendant la guerre, Pacifique étant ici entendu au sens large puisqu’il était question d’y inclure, outre les trois colonies ralliées à de Gaulle en 1940, des territoires comme Singapour et l’Indochine. Le premier réajustement visait à recentrer l’attention autour des seuls Français libres, là encore en mettant sur un pied d’égalité les EFO, la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Hébrides. Le second réajustement, tout en visant toujours à aborder les Français libres en Océanie, avait pour sa part l’ambition de replacer les EFO au centre de la réflexion et d’en proposer une histoire connectée en temps de guerre. Le manuscrit que je soumets à votre discussion aujourd’hui en est le résultat.

Le choix d’un tel sujet n’est pas anodin, ni le fruit du hasard. Comme mon nom ne l’indique pas, ce sont bien des origines tahitiennes qui m’ont amené à entamer un parcours dont la soutenance d’aujourd’hui représente un aboutissement. Mon arrière-grand-père est, en effet, l’un des 303 volontaires Polynésiens s’étant engagés au corps expéditionnaire en septembre 1940. L’intérêt marqué pour la généalogie pendant mes années lycée a ainsi évolué en un profond intérêt pour l’histoire entre ma classe de première et le début de ma licence, puis en une vocation pour la recherche à la conclusion de celle-ci. C’est bien cette vocation et ces origines tahitiennes prises ensemble qui m’ont amené à présenter un projet de mémoire de master en 2018, puis un projet de thèse en 2021.

Méthode, cadrage et approches

Cela étant dit, je reviendrai désormais sur la méthode employée, sur le cadrage et sur les approches adoptées dans cette thèse.

Approche temporelle : juin 1940 – juin 1947

Le choix des bornes chronologiques a certainement été le plus aisé à arrêter. La période considérée débute ainsi en 1940, avec l’appel à la résistance du général de Gaulle le 18 juin puis avec les ralliements à la France libre des EFO et de la Nouvelle-Calédonie les 2 et 19 septembre. Quant à la borne finale, après avoir un temps considéré le retour des volontaires océaniens en mai 1946, il m’a finalement paru plus pertinent de pousser jusqu’à l’affaire du Ville d’Amiens en juin 1947, point culminant des revendications de l’immédiat après-guerre où ces mêmes volontaires jouent un rôle de tout premier plan.

L’après-Seconde Guerre mondiale est une période fondamentale de l’histoire politique contemporaine de la Polynésie française, notamment jusqu’à l’adoption de la loi-cadre Deferre en 1957 qui marque le début de jure de l’autonomie interne du territoire. Tout en reconnaissant l’importance de cette période, j’ai néanmoins décidé de la laisser de côté afin de ne pas diluer les spécificités propre au temps de guerre dans une chronologie plus étendue.

Approche géographique et historiographique : une histoire connectée des EFO (et de la Nouvelle-Calédonie) en temps de guerre

Le choix du cadrage géographique a pour sa part été moins évident. J’évoquais tout à l’heure les deux resserrements successifs opérés autour de mon sujet de recherches ; ceux-ci ont, je le disais, conduit à l’adoption d’une focale centrée autour des EFO mais qui n’exclurait pas pour autant la Nouvelle-Calédonie. Les deux colonies ont en effet de nombreux éléments en commun qui viennent justifier une approche conjointe : réunion au sein d’un même « Groupe du Pacifique », entité militaire administrative comparable aux régions militaires, puis placement simultané sous la tutelle du Haut-Commissariat de France dans le Pacifique institué par le général de Gaulle en juillet 1941, ralliements à la France libre chronologiquement très proches (2 septembre pour les EFO, 19 septembre pour la Nouvelle-Calédonie, soit à peine 17 jours d’écart), circulations régulières d’acteurs entre les deux territoires tels que le capitaine Guy Pia, à qui une sous-partie du manuscrit est consacrée, sont autant d’élément rendant possible et souhaitable, à mes yeux, une considération commune.

Ces circulations d’acteurs et les éléments communs qui rapprochent les EFO et la Nouvelle-Calédonie pendant la guerre viennent justifier l’adoption d’une approche s’inscrivant dans le courant historiographique de l’histoire connectée.

En revanche, bien qu’également intégrées au « Groupe du Pacifique » et placées sous l’autorité du Haut-Commissariat, les Nouvelles-Hébrides et Wallis-et-Futuna sont beaucoup moins présentes de cette thèse. Il importe ici de relever que ces deux territoires bénéficient de statuts singulièrement différents, condominium franco-britannique pour les premières, protectorat pour les seconds. Plus encore, l’on relèvera que leurs ralliements respectifs à la France libre résultent d’un simple vote de la communauté française de Port-Vila pour les premiers et d’un raid mené par les FNFL depuis Nouméa pour les seconds. À l’inverse, outre leur proximité chronologique, l’on relèvera pour les ralliements des EFO et de la Nouvelle-Calédonie de nombreuses similitudes du point de vue du mode opératoire, incluant une forte mobilisation des notables, des élites locales et des institutions coloniales. Je me dois par ailleurs de souligner le très faible volume d’archives ayant pu être identifiées portant sur la France libre aux Nouvelles-Hébrides et à Wallis-et-Futuna. Un passage à Port-Vila en septembre 2019, dans le cadre d’un séjour de recherches en archives en Nouvelle-Calédonie au tout début de mon année de Master 2, m’a permis de réaliser qu’au sein des archives portant sur la Seconde Guerre mondiale conservées aux archives nationales du Vanuatu, la France libre était totalement absente.

Cet état de fait n’a que très partiellement pu être nuancé par la visite des Archives Nationales d’Outre-Mer à Aix-en-Provence, où les archives sur Wallis-et-Futuna sous régime gaulliste sont tout aussi parcellaires. Je tiens également à relever qu’une thèse de doctorat sur les Nouvelles-Hébrides pendant la Seconde Guerre mondiale est d’ores et déjà en cours de préparation à l’Université Montpellier III, quoique s’intéressant moins aux spécificités de la France libre et de la résistance extérieure dans ce territoire qu’aux ruptures économiques, sociales et culturelles apportées par le temps de guerre (sujet tout à fait pertinent s’il en est, qui attendait d’être étudié depuis longtemps)

Cette incomplétude archivistique touchant à la France libre aux Nouvelles-Hébrides et à Wallis-et-Futuna, pour toute relative qu’elle soit, lorsqu’elle est comparée à la masse documentaire disponible touchant aux EFO et à la Nouvelle-Calédonie pendant la Seconde Guerre mondiale, contribue à justifier que ces deux derniers territoires soient mis en avant ici.

Approche sociologique : construction d’une base de données biographique et proposition d’une définition des Français libres

De même, l’une des hypothèses de départ, en amorçant ce projet de thèse, était qu’il serait possible de conduire une histoire « par le bas » des Français libres du Pacifique. À ce titre, j’ai entrepris la construction d’une base de données biographique, en me basant sur les dossiers d’homologation de résistants conservés dans la sous-série GR 16 P au Service Historique de la Défense de Vincennes, qu’il m’a ensuite été permis de compléter grâce aux dossiers de carrière d’officiers, toujours aux SHD, mais également grâce aux documents compilés ailleurs, notamment aux archives nationales où l’on retrouve dans certains fonds (notamment les archives de l’amiral d’Argenlieu) des listes de personnels en poste dans le Pacifique ainsi que de très riches informations sur ces mêmes personnels.

Cette base de données se base également sur la définition des Français libres développée dans le premier chapitre de ma thèse, qui elle-même repose sur quatre piliers : un état d’esprit, une chronologie, une reconnaissance d’autorité et une extraterritorialité. État d’esprit d’abord puisqu’un Français libre s’engage volontairement dans le but de combattre des ennemis clairement identifiés (Allemagne nazie, Italie fasciste, régime de Vichy et empire du Japon) ; chronologie ensuite en considérant les bornes généralement retenues par l’historiographie, cet engagement étant censé survenir entre le 18 juin 1940 et le 31 juillet 1943 ; reconnaissance d’autorité puisqu’un Français libre reconnaît l’autorité du général de Gaulle, ce qui n’est pas le cas de l’ensemble des mouvements de résistance ; extraterritorialité enfin puisque les Français libres agissent hors de l’hexagone, à l’inverse de la résistance dite intérieure qui agit dans la clandestinité en France occupée.

Rapport aux archives

L’itinéraire de ce projet de recherche et la méthode employée désormais établis, je souhaiterais désormais évoquer la manière dont les archives disponibles et consultées ont façonné la thèse dont nous discutons aujourd’hui.

Une littérature parcellaire pour des sources abondantes

Le premier constat réalisé en abordant cette thèse à la rentrée 2021 consiste tant en un paradoxe qu’en une situation relativement confortable pour un jeune doctorant. D’un côté, les sources archivistiques relatives au Pacifique français pendant la Seconde Guerre mondiale se trouvent être d’une grande abondance ; de l’autre, la littérature scientifique relative à ce même sujet est, à l’inverse, relativement parcellaire. Certes, le Pacifique n’est pas entièrement absent de l’historiographie de la France libre, et l’on ne saurait en aucun cas ignorer les travaux d’historiens comme Jean-Louis Crémieux-Brilhac et Thomas Vaisset, ni ceux de chercheurs anglophones tels que Robert Aldrich, Colin Newbury, Virginia Thompson et Richard Adloff ou Kim Munholland notamment ; il n’en demeure pas moins que cette aire géographique et culturelle en demeure encore largement en périphérie. L’historiographie de la France libre ne considère encore le Pacifique et l’Océanie que de manière parcellaire, de la même manière que l’historiographie du Pacifique et de l’Océanie ne s’intéresse encore que trop peu à la France libre.

Le double ancrage institutionnel dont j’ai pu bénéficier durant ma thèse, du fait du régime de cotutelle internationale dans lequel celle-ci fut préparée, m’a permis tant de réaliser deux séjours successifs en Polynésie française de juin 2022 à septembre 2023 et en Nouvelle-Zélande de septembre 2023 à août 2024 que d’accéder aux possibilités de financement offertes aux doctorants par les deux universités. Ce cadre, associé au passage de ma première année de doctorat à Paris, où je résidais encore au moment de ma première inscription en thèse à la rentrée 2021, m’ont permis d’entreprendre de nombreux séjours de terrain et de visiter de nombreux centres de conservation d’archives, en France certes mais également en Angleterre, en Nouvelle-Calédonie, en Australie et en Nouvelle-Zélande. L’un des points forts de cette thèse, à mon sens, est ainsi de mettre en dialogue ces archives entre elles.

L’inaccessibilité du « fonds du gouverneur » aux archives territoriales de la Polynésie française

Cela étant, l’impossibilité d’accéder au « fonds du gouverneur » aux archives territoriales de la Polynésie française, en vigueur depuis 2021, s’est avéré être le principal obstacle rencontré. Les démarches entreprises tant auprès des autorités du pays que de celles de l’État se sont avérées infructueuses. Les deux séries documentaires réunies sous cette appellation regroupent les archives des gouverneurs puis des hauts-commissaires de la République et de leurs administrations, des années 1830 aux années 1980. Aussi, cette situation a considérablement restreint le champ des possibles et m’a notamment privé de précieuses informations sur l’administration et d’implantation de la France libre dans les îles et archipels hors Tahiti et îles de la Société, et dans une moindre mesure sur les affaires militaires, politiques, économiques, sociales, agricoles, etc… des EFO en temps de guerre. S’il a été plus ou moins possible de pallier l’absence de ces archives sur la plupart de ces points, c’est bien la question de l’implantation du gaullisme de guerre hors de l’archipel de la Société qui a le plus pâti de cette absence.

Il a cependant été nécessaire de contourner celle-ci et d’aller chercher l’information là où elle était disponible. Cette sortie des sentiers battus m’a ainsi permis d’opérer une internationalisation et une océanisation des archives, malgré le caractère incontournable des archives françaises pour un tel sujet.

Vers une internationalisation des archives : France, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande, Australie, Pacifique insulaire, (États-Unis)

Aussi, si les archives disponibles sont de fait abondantes, elles n’en demeurent pas moins éparpillées géographiquement. Il a ainsi fallu, de fait, faire certains choix.

Les archives françaises métropolitaines faisant figure d’incontournables (archives nationales, Service Historique de la Défense à Vincennes et ANOM à Aix-en-Provence), j’ai mis à profit ma première année de thèse pour les exploiter au maximum. Étant déjà résident de Paris à cette période, j’y suis ainsi resté cette première année afin de collecter les archives que j’y avais identifié, profitant par ailleurs de l’occasion pour visiter les archives nationales britanniques à Londres, avant de rejoindre Tahiti pour une année puis Wellington pour une autre.

Durant ces deux années de terrain dans le Pacifique, j’ai eu l’opportunité de compléter ces archives européennes par des fonds d’archives localisées dans le bassin Pacifique : archives territoriales de la Nouvelle-Calédonie à l’occasion d’un séjour à Nouméa en avril-mai 2023, archives nationales néo-zélandaises et Alexander Turnbull Library à Wellington puis Western Pacific Archives à Auckland durant mon année en Nouvelle-Zélande, archives nationales australiennes à Melbourne et Canberra et Pacific Manuscripts Bureau à Canberra également lors d’un séjour en Australie en octobre-novembre 2023. Tous ces déplacements et séjours en archives m’ont permis de réunir une masse documentaire conséquente dont cette thèse a fortement bénéficié.

Cela étant, l’absence des archives américaines résulte tant d’un choix mûrement réfléchi que d’une conjoncture de contraintes. La consultation et la comparaison des inventaires disponibles en ligne suggère en effet que les Australiens et les Néo-Zélandais considèrent les Français libres en tant que tel dès les ralliements de septembre 1940. Les archives australiennes et néo-zélandaises sont ainsi particulièrement fournies sur les missions diplomatiques et militaires envoyées par Canberra et Wellington à Nouméa et Papeete dès la mi-septembre 1940, puis sur les liens entretenus entre les deux capitales et les deux colonies jusqu’à la fin de la guerre.

La lecture des inventaires américains, tant aux archives nationales de San Bruno (Californie) et de College Park (Maryland) qu’aux archives des Seabees à Port Hueneme (Californie), laisse à l’inverse entrevoir des archives traitant des Français libres du Pacifique de manière beaucoup plus indirecte et effacée, se concentrant surtout et avant tout des bases militaires qu’ils installent dans les colonies françaises du Pacifique à partir du premier trimestre 1942. Bien qu’ayant bien conscience que la consultation des archives américaines aurait pu servir à éclairer la crise causée par l’amiral d’Argenlieu en Nouvelle-Calédonie et l’implantation de la base de Bora Bora, j’ai cependant dû opérer une hiérarchisation des références consultées en me dirigeant en priorité vers des archives adressant la question de la France libre en Océanie de manière plus frontale.

À ces problématiques viennent s’ajouter des considérations d’ordre beaucoup plus pratique. Cette thèse a en effet débuté en 2021, à une période où les restrictions apportées aux déplacements internationaux dues à l’épidémie de Covid-19 n’étaient pas encore toutes levées. Les contraintes induites par le régime de cotutelle internationale qui a régi la préparation de cette thèse en termes de longueur du manuscrit et de durée des recherches ont également pesé dans cette décision. Il m’a en effet été demandé de produire un manuscrit de 100 000 mots maximum à rendre en quatre ans, ce décompte incluant les notes de bas de page et toutes les annexes dites essentielles : bibliographie, liste des sources, remerciements, table des matières, index, etc.

Conclusions et résultats

Malgré cela, il a néanmoins été possible de dessiner un certain nombre de conclusions.

En premier lieu, les EFO comme la Nouvelle-Calédonie appartiennent sans réserve à la résistance pionnière. Du reste, et c’est là l’un des principaux éléments à retenir, l’aventure Française libre opère une série de profondes ruptures. Rupture interne d’abord, entre les classes populaires qui partent et les classes moyennes et supérieures qui restent, administrent, commercent et, pour les militaires, commandent. Rupture nationale et impériale ensuite, puisque les ralliements à la France libre dans le Pacifique opèrent une fracture entre les colonies océaniennes et l’État, étant entendu que la France libre tient ici lieu d’État de substitution suite à la rupture des liens avec Vichy.

Ainsi, la France libre dans le Pacifique, tel qu’elle le fut par ailleurs sur le continent africain, fut une France libre résolument coloniale, bien qu’elle tienne compte, dans le cas présent, d’une manière particulièrement marquée, des spécificités locales.

Enfin, lorsque l’on considère cette double rupture et ce caractère colonial pris ensemble, l’on retiendra que la rencontre et la confrontation entre l’administration coloniale et les anciens combattants fait définitivement pencher la balance en faveur de ces derniers. L’inversion des rapports de force en leur faveur et l’épisode culminant de l’affaire du Ville d’Amiens en juin 1947 entraîne par ailleurs une série de ruptures politiques et mémorielles, certes, mais également économiques, sociales et culturelles. Au risque de me répéter, bien que ces trois derniers domaines soient absolument capitaux, ils ont quelque peu été survolés pour éviter de diluer les spécificités du temps de guerre dans ce qui aurait pu, dès lors, se transformer en une histoire politique et institutionnelle de l’immédiat après-guerre.

Perspectives de publication

En guise de conclusion, je souhaiterais dire un mot sur les perspectives de valorisation de cette thèse. Si le jury en autorise la publication, je souhaiterais en effet la transformer en ouvrage, que j’espère voir, à terme, traduit en anglais afin d’en pérenniser la diffusion dans un Pacifique encore très largement anglophone, au-delà donc de la seule France métropolitaine et des territoires d’outre-mer directement concernés par cette étude. Les possibles modalités d’amélioration du manuscrit pourraient ainsi inclure la visite des archives américaines ou l’addition d’un chapitre venant approfondir la situation des Nouvelles-Hébrides et de Wallis-et-Futuna, là encore au prisme de leurs liens avec les EFO dans le cadre d’une histoire connectée des EFO. Une piste idéale et beaucoup plus immédiate serait évidemment l’accès au fonds du gouverneur aux archives polynésiennes. En l’absence de visibilité sur ce dernier point, il me paraît pertinent de commencer par considérer les deux précédents, dans l’attente d’une éventuelle réouverture dans un futur que j’espère proche.

Il ne me reste plus qu’à vous remercier très chaleureusement pour votre attention ; je me tiens désormais à votre entière disposition pour répondre à vos questions et à vos remarques.

Yacine Benhalima
Yacine Benhalima

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Yacine Benhalima (9 novembre 2025). Compte-rendu : soutenance de thèse. La pirogue et le fusil. Consulté le 6 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/154b1


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